Albert Woda, seuls se disent les secrets

Entrer dans l'atelier d'Albert Woda c'est faire l'épreuve de paysages immenses, envoûtants, plus étendus que ceux du monde, d'arbres plus grands que ceux de nos rêves. Ici, soudain.

Sur des toiles qui, elles non plus, ne semblent pas avoir pas de limites.

 

C'est ainsi que l'univers de Woda "s'impose" à nos regards. Ou plutôt, à ce moment même, nous le savons déjà, c'est là sa manière à lui de s'offrir à nous. C'est là que se trouve sa générosité tout entière, celle aussi de son œuvre. C'est ici, à cet instant, que le don s'accomplit et que nous le recevons.

Parce que, ce que nous "voyons", ce qui se présente désormais à notre regard, nous ne le percevons pas. Nous ne le découvrons pas comme nous apparaissent les objets qui nous entourent.

On pourrait même dire que les toiles de Woda ne nous montrent rien. Rien de particulier, pas de vrais objets. Peut-être pas même ces paysages ou ces arbres que nous regardons. Elles ne nous demandent même pas de les admirer. Elles n'exigent en rien que nous reconnaissions en elles des montagnes, la mer, des cieux, ou la forêt de notre enfance. Elles, elles savent qu'elles ne sont pas "réelles".

Les peintures d'Albert Woda sont des secrets.

Des sortes d'énigmes qu'il murmure, ou qu'il esquisse. Parce qu'il les désire sans doute. Et que, si l'on veut bien y prendre garde, ce que nous montre Woda c'est le Secret lui-même ; pas tel ou tel secret à propos de tel ou tel arbre, de telle ou telle montagne, de ce ciel embrasé ou de ces cieux couleur de nuit, c'est bien plutôt le mystère de ce qui fait qu'ils se trouvent là, sous notre regard, dans notre propre "secret" à nous, dans ce qui bat au fond de notre propre vie et qui est invisible.

C'est pour cela aussi, que de leur présence, ses tableaux et gravures n'exigent rien en retour.

Pourtant, dès maintenant, et sans doute pour longtemps, peut-être pour toujours, nous les ressentons, nous les percevons, nous éprouvons au plus intime ce qu'elles expriment. Nous savons aussitôt qu'elles nous parlent et nous entendons en elles la voix de leur inventeur. Et c'est alors que sa parole arrive jusqu'à nous. (…)

Michel Arcens -Extrait du catalogue de l'exposition "L'esprit du lieu" Musée Hyacinthe Rigaud - Perpignan 2020